La bête

Animation, boucle, 2min31, 2019.
Écriture : Christine Laquet, interprétation d’après un texte de Lili Frikh (Carnet sans bord)
Voix et composition : Adrian Owen.

 
vue de DIS-PARAIT-RE-APPARAIT-, exposition personnelle, Galerie l’art au centre, Laval, 2019.


La bête Elle fait attention la bête. Elle se retient. Elle ne donne aucun signe. Elle ne laisse aucune trace la bête. Elle ne tremble pas. Elle ne saigne pas. Elle ne hurle pas. Elle est blessée. Nature blessée. Mystère blessé. Elle ne peut plus rester ici. Elle s’en va… Elle n’a pas peur. Elle n’a pas le choix. Elle n’est plus ni saine ni sauve. Elle est abîmée. C’est ça qui l’éloigne. ABÎMÉE… Elle ne veut plus laisser son silence au sol. C’est ça qui l’emporte dans la forêt. Elle veut parler. Elle a besoin la bête. Elle veut parler… Et les hommes ne parlent pas… Elle fait quoi toute seule? Ça ne se dit pas ce qu’elle fait. Ça se fait dans le manque. Ça se fait dans la bête. Ça se fait dans rien d’autre. Elle est dans un sale état la bête. Tu dis qu’elle crève. Pas elle. La bête ne dit pas qu’elle crève. Elle ne sent pas comme ça. Elle se bat. Elle en bave et c’est pas tout. Elle a la gueule ouverte. Elle est à vif. Il y a sève sous l’écorce. Et salive dans la gorge. Et souffle dans la chair. Il faut gratter la terre. Il faut mordre la poussière. Il faut mordre et cracher. Le déséquilibre de continuer.