Riviera

exposition personnelle, Figure imposée 9, Centre d’art la Chapelle Jeanne d’Arc de Thouars, 2010.

Figure imposée est une invitation faite à un(e) artiste autour d’une thématique de recherche qui se déroule sur plusieurs mois et s’achemine avec une exposition personnelle au Centre d’art la Chapelle Jeanne d’Arc. Invitée à travailler sur le thème des rivières en Thouarsais, Christine Laquet porta son attention sur l’abondance exceptionnelle de fossiles sur ce territoire qui, à l’époque du Toarcien (venant de Thouars) il y a 9 millions d’années, était recouvert d’eau.


À la suite de sa rencontre avec un artisan briquetier à Saint-Léger de Montbrun, elle décida de produire de nombreuses céramiques pour son exposition, comme pour les ajouter aux strates géologiques et laisser à son tour une trace qui pourrait survivre aux années à venir. Si le flux de l’eau était sauvage avant de devenir voies de circulations et de conquêtes, c’est un mouvement bien domestiqué à ce jour et les abords des rivières sont ici souvent en accès privé et consacrés aux loisirs. L’artiste tente de réactiver le souvenir de ces flux et observe leurs réalités actuelles et revisite des motifs, des objets caractéristiques du milieu fluvial où des formes du passé rejoignent celles d’aujourd’hui. Ici, le canoë kayak devient le très lointain descendant des drakkars aux figures de proue conquérantes. Il semble même qu’il s’agit des mêmes animaux monstrueux qui ouvrent les eaux des embarcations conquérantes, que celles qui évacuent l’eau des églises. Un lien se tisse, car exposer dans une chapelle dépossédée de gargouilles et devenue centre d’art n’est pas anodin pour l’artiste. Par ailleurs, les vikings ont cessé leurs cruelles explorations alors qu’ils se christianisent, tandis que les petits monstres apparaissent sur ces lieux de culte peu de temps après. L’exposition s’ouvre par l’érection d’un mur en terre qui oblitère l’entrée de l’exposition, au-dessus duquel un mot RIVIERA (céramiques et leds) brille en bleu-blanc-rouge. Titre de l’exposition, RIVIERA renvoie à l’éclat et luxuriance de la Côte d’Azur, alors que l’économie locale subie une sévère récession économique. Laquet fait ici un clin d’œil à son film culte Pierrot le fou (J.L.G.), où le mot vie clignote: « Dans envie, il y a vie : j’avais envie, j’étais en vie ». Dans le cloître, une canne à pêche géante tourne lentement sur elle-même en cherchant sa proie. Disséminés dans l’espace, des araignées d’eau géantes semblent flotter sur le sol. Dans la crypte, nous sommes transportés sous les eaux, où l’on suit le parcours d’un crocodile qui semble avoir recolonisé les rivières en Thouarsais. Une installation qui n’est pas sans rappeler une légende dans un château voisin à Oiron.