L’intuition de l’instant

(extraits) vidéo HD, 18 min, bande son, 2014.
Co-réalisation Adrian Owen. Institut Français de Fès, Maroc.


La caméra est placée au plus proche des tanneurs pour capturer leurs gestes. Des corps s’imprègnent de couleur, tandis que change la couleur de leurs (et des) peaux. Transformation charnelle. Acte de peindre. Lecture du spectre des ondes sonores, lignes tendues, caractère incantatoire du pouvoir de la voix, processus de sublimation.

L’exposition ÀTEINDREUNERAISONANCE (exposition personnelle, Galerie de l’Institut Français de Fès, 2017) propose des « mises en résonance » d’architectures choisies. Hammam, riad, tannerie, herboristerie, dinanderie ou gargote… autant d’espaces propres à la Médina de Fès, où des corps de métiers perpétuent des gestes perdus ailleurs. Des processus de fabrication qui induisent une temporalité étirée, où rythmes et sonorités participent à la complexité de l’appréhension de chaque espace. 
Dans l’exposition, la diffusion d’une bande sonore tisse des liens avec des photographies et un film. Une fréquence vocale cherche une note : celle qui met en résonance différentes architectures choisies pour les faire vibrer, jusqu’à ce qu’elle atteigne et amplifie l’Harmonique particulière du lieu. Chaque espace se définit ainsi par une note. Tandis que de fines cordes servent à informer les dimensions physiques des espaces, une couleur leur est aussi attribuée selon une gamme établie. Selon ce protocole, un spectre coloré et sonore se définit pour chaque architecture. Au mur, ce sont ces cordes qui s’étirent telle une carte mentale dont le parcours s’achemine avec des pierres suspendues prélevées dans le désert du Sahara, et qui ressemblent à s’y méprendre, à de la chair. Leurs nervures et leurs pigmentations sont identiques à celles de la peau… Couleur de peau, couleur vocale, l’installation est pensée comme un flux tendu où corps, espaces, sons et couleurs s’enchevêtrent. : l’espace de ce qui n’est pas visible devient audible. Nos corps deviennent conductibles et éléments de transmission de l’invisible. L’exposition devient la trace de ce non-visible et la production d’une cartographie mentale.