La probabilité du ricochet

exposition personnelle, Centre d’Art La Halle, Pont-en-Royan, 2010.

 

La probabilité du ricochet interroge les échos possibles entre les oeuvres de l’artiste, tout en posant des actes qui viennent bouleverser la lisibilité de l’ensemble. La cohérence de l’exposition tient alors dans ce fil conducteur qu’est le lien entre les hommes, le vivant ou les rites sociaux. Le travail de Christine Laquet provoque comme un arrêt dans le cours de la pensée ; arrêt sur images ou moment suspendu qui offre comme ici le fantasme de ce que l’on ne voit pas. Ses installations créent un sentiment d’étrangeté (qu’elle soit paradoxalement familière, animale…) qui amène le regardeur à une forme de vigilance, une conscience aiguisée de ce qui l’entoure.

 

                 

 

Les veilleurs
12 animaux empaillés, fanions (couverture de survie), 2010.

 

                 
Moralités
Photographies contrecollées sur dibond, 100 x 75 cm, 2007/…

La série photographique des Moralités renvoie à la fin des Fables de La Fontaine, dont le « souci moralisant » se transmet de génération en génération en France depuis le XVIIème siècle : il s’agit ici d’animaux gisants qui soulignent notre relation à la précarité de la vie. Tout comme Fauché en plein vol nous oblige à participer à une histoire à la fin inéluctable, entre merveilleux et instinct de survie.

 


Fauché en plein vol
Singe empaillé (Vervet gris), 3 laisses en Strass, 30 étoiles de verre, bois peint, dimensions variables (750 x 250 x 120 cm), 2008-2010.

 

« Entre le rictus gêné d’un être surpris en flagrant délit de chapardage, et la mélancolie insondable de celui qui sent sa fin proche, le faciès simiesque à double lecture déclenche chez l’artiste le désir d’une oeuvre, dont le titre rejoue cette indécision : Fauché en plein vol, entre mort inéluctable et cleptomanie rouée bien ancrée dans la vie.
Autour de ce singe, les matériaux s’ agrègent en connivence ou friction : l’animal surplombe un environnement de branchages peints en noir qui évoque la beauté triste des forêts calcinées. Il est relié par trois laisses de strass — trois trajectoires brillantes qui traversent l’espace presqu’en apesanteur — aux membres d’une colonie d’étoiles de verre soufflé. Transparentes et lumineuses, aériennes comme des insectes, ces étoiles miment un déplacement immobile, danse anxyogène à la séduction froide et prédatrice.
Amatrice de fables et de fabuleux, Christine Laquet s’inscrit dans cette tradition où s’explore la porosité des frontières entre l’homme et la bête, quand l’animal est à la fois miroir et figure de l’altérité, déconcertante d’étrangeté. L’installation Fauché en plein vol travaille cette part de mystère, lorsque rien ne s’élucide. La rencontre de ces éléments déclenche un scénario instinctif et elliptique : nous avançons en terra incognita onirique, aux aguets, pressentant la possibilité d’un dénouement tragique. » Murielle Durand-G

 

 

Cabane des chasseurs 
Encre de chine et aquarelle sur papier, 190 x 150 cm, 2006.
Aigle impérial empaillé, voiture télécommandée, 2010.